Compte rendu de maintenance : les rubriques qui servent, un exemple rempli et le modèle offert
Un compte rendu d'intervention sert trois fois : à la personne qui reprendra la machine, au registre de maintenance et aux indicateurs. Cette page détaille ses rubriques, les six erreurs qui le vident de son sens et un exemple rempli sur un convoyeur. Le modèle à imprimer est offert, sans inscription.
Après une intervention, le compte rendu est la seule trace qui reste. En maintenance industrielle, c’est lui qui dit à la personne suivante ce qui a été vu, fait et laissé en suspens, et c’est lui qui nourrit le registre et les indicateurs. Un compte rendu qui sert répond à cinq questions : quelle machine, quel symptôme, quelle cause, quels travaux (avec quelles pièces et en combien de temps), et que reste-t-il à faire.
Le contre-exemple se trouve dans le registre de l’atelier fictif qui sert d’exemple à nos guides. Son convoyeur y compte 28 lignes en un an, toutes avec la même description : « Roulement bruyant ou grippé : remplacement ». Soit 52 heures d’arrêt et 100 roulements. Aucune ligne ne dit quel rouleau, ni pourquoi. Cette page montre comment écrire la suivante pour qu’elle serve. Le modèle de compte rendu est offert.
Compte rendu, rapport d’intervention, fiche : de quoi parle-t-on ?
Trois documents se suivent autour d’une intervention :
- la demande d’intervention : ce que la production signale (« le convoyeur grince ») ;
- l’ordre de travail : ce que la maintenance décide de faire, par qui et quand ;
- le compte rendu : ce qui a été constaté et fait.
Le dernier s’appelle aussi rapport d’intervention, rapport de maintenance, fiche d’intervention ou fiche de maintenance. Les mots changent d’une entreprise à l’autre ; le contenu, lui, ne devrait pas changer.
La norme NF EN 13460, « Maintenance - Documentation pour la maintenance » (2009), traite de ces documents. D’après sa fiche AFNOR, elle couvre la documentation technique fournie avec un bien et les informations à établir pendant son exploitation. Elle est payante : cette page s’appuie sur les textes réglementaires publics.
Ce que la loi impose : le carnet de maintenance des appareils de levage
Le Code du travail renvoie à des arrêtés la liste des équipements qui ont un carnet de maintenance, et la nature des informations à y porter (article R4323-19). Pour les appareils de levage, l’arrêté du 2 mars 2004 impose un carnet par appareil, qui consigne toutes les opérations de maintenance jusqu’à la mise au rebut (article 2). Pour chaque opération, il indique (article 3) :
- la date des travaux ;
- les noms des personnes et, le cas échéant, des entreprises qui les ont effectués ;
- la nature de l’opération ;
- sa périodicité, s’il s’agit d’une opération périodique ;
- les références des éléments remplacés.
C’est le minimum légal pour un pont roulant ou un palan. C’est aussi un bon socle pour toutes les machines : le modèle offert contient ces cinq mentions.
Les rubriques d’un compte rendu qui sert, une par une
Le modèle compte un en-tête et onze rubriques. Elles tiennent sur une page A4.
L’en-tête : numéro, date, type, urgence
Le numéro relie le compte rendu à la demande et au registre. Le type d’intervention (corrective, préventive, réglementaire ou améliorative, au sens des différents types de maintenance) servira à calculer la part du correctif. L’urgence dit si la production est arrêtée, dégradée, ou si l’intervention peut attendre. Pour une opération périodique, notez sa périodicité.
1. L’équipement
Son code, pas son surnom : « E14 », et non « le tapis du quai ». Ajoutez la zone, la criticité et le compteur d’heures si la machine en a un. Le code permet de compter les pannes par machine ; un surnom en fait deux machines.
2. La demande
Qui a signalé, à quelle heure, et le symptôme dans ses mots : « grincement côté quai, les cartons se mettent en travers ». Ne le reformulez pas : c’est une piste pour le diagnostic. L’heure de la demande, elle, sert à mesurer le délai d’intervention.
3. La sécurité
Une ligne : la machine a-t-elle été consignée, sur quelles énergies (électrique, pneumatique, hydraulique, mécanique), et par qui ? Pour l’INRS, la consignation est une « procédure de mise en sécurité » qui protège les personnes et les équipements contre toute remise en énergie intempestive pendant l’intervention. Cocher la case oblige à se poser la question.
4. Le diagnostic
C’est la rubrique qui manque aux 28 lignes du convoyeur. Elle tient en trois parties :
- le constat : ce que vous avez vu, mesuré ou entendu ;
- l’organe et sa position : « rouleau n° 7, roulement côté chaîne », pas « un rouleau » ;
- la cause probable, avec une case : certaine ou à confirmer.
Séparer le constat de la cause évite de transformer une hypothèse en certitude. Une cause « à confirmer » est déjà une information : les prochaines interventions la confirmeront, ou non.
5. Les travaux réalisés
Une action par ligne, avec un verbe, un objet et une position : « remplacer les deux roulements du rouleau n° 7 ». Dites ensuite si la réparation est définitive (curative, une réparation durable) ou provisoire (palliative, un dépannage qui appelle une suite). Une palliative que personne ne signale ne sera jamais terminée.
6. Les pièces
Pour chaque pièce : référence, désignation, quantité et numéro du bon de sortie du magasin. La référence permet de recommander la bonne pièce. Le bon de sortie rattache la sortie de stock à l’intervention : dans le registre de l’atelier, 18 des 117 sorties de pièces pour la maintenance ne sont rattachées à aucune intervention.
7. Le temps passé
Par intervenant : l’entreprise, la date, l’heure de début et l’heure de fin. Le modèle calcule la durée. Pour un prestataire, notez aussi son coût.
8. L’arrêt de production
L’heure où la machine s’est arrêtée, et celle où elle a été rendue à la production. Ce n’est pas le temps passé. Dans l’exemple plus bas, le technicien travaille une heure, mais le convoyeur reste arrêté 1 h 35 : l’arrêt commence avant son arrivée et finit après l’essai. Notez aussi ce que l’arrêt a coûté : pièces perdues, retard, travail fait à la main.
9. L’essai et la remise en service
Un essai de fonctionnement vérifie, après l’intervention, que la machine est capable d’accomplir sa fonction (définition reprise par la fiche de cours Eduscol). Notez ce qui a été essayé, le résultat, à qui la machine a été rendue et ce qui reste à surveiller.
10. La suite à donner
L’intervention est clôturée ou à suivre. Si elle est à suivre, chaque action a un responsable et une date : une pièce à commander, une deuxième intervention, une gamme préventive à modifier (la fiche qui décrit une opération de préventif), une information à la production.
11. Les signatures
Trois signatures : l’intervenant, la production qui reprend la machine, et le responsable de maintenance qui relit le compte rendu et le reporte au registre.
Les six erreurs qui rendent un compte rendu inutile
- « RAS », « réparé », « OK ». Un mot qui ne dit ni ce qui a été vu, ni ce qui a été fait. Six mois plus tard, personne ne sait plus rien.
- Pas de cause, ou une cause devinée écrite comme certaine. Sans cause, la même panne revient. Avec une fausse certitude, on corrige la mauvaise chose.
- Le temps d’arrêt confondu avec le temps passé. Le temps moyen de réparation et le coût des arrêts deviennent faux tous les deux.
- La pièce sans référence. Impossible de la recommander, de la rattacher au stock, ou de voir qu’on en consomme beaucoup.
- La position oubliée. « Un rouleau » au lieu du « rouleau n° 7 » : on ne verra jamais que ce sont toujours les mêmes.
- Le compte rendu écrit le vendredi, de mémoire. Les heures sont arrondies, les détails perdus. Écrivez-le à la machine ou dans l’heure, sur papier s’il le faut.
L’exemple rempli : le rouleau n° 7 du convoyeur
L’exemple est fictif. Il se passe le mercredi 14 octobre 2026 dans l’atelier de nos guides, sur le convoyeur à rouleaux motorisé (code E14, criticité B) de la zone expédition. Le modèle offert le contient en entier, dans l’onglet Exemple.
| Rubrique | Ce qui est écrit |
|---|---|
| En-tête | OT-2610-203, 14/10/2026, corrective, arrêt de production |
| Équipement | E14, convoyeur à rouleaux motorisé, expédition quai 2, criticité B |
| Demande | chef d’équipe expédition, 7 h 40 : « Grincement côté quai depuis lundi. Ce matin, les cartons se mettent en travers au milieu du convoyeur. Arrêté à 7 h 35, on décharge à la main. » |
| Sécurité | consignation électrique du moteur d’entraînement, cadenas n° 3, par le technicien |
| Constat | rouleau n° 7 (compté depuis l’entrée) bloqué : roulement côté chaîne grippé, joint déchiré, poussière métallique dans le roulement. Rouleaux 6 et 8 bruyants à la main, sans blocage |
| Cause probable | poussière d’ébavurage : le poste où l’on meule les bavures des pièces a été installé en septembre à 2 m des rouleaux 6 à 9. Cause à confirmer |
| Travaux | remplacer les deux roulements 6204-2RS du rouleau n° 7 ; tourner à la main les rouleaux 1 à 14 ; nettoyer la chaîne au droit des rouleaux 6 à 9 ; contrôler sa tension, déconsigner. Réparation définitive |
| Pièces | 2 roulements 6204-2RS, bon de sortie BS-2610-1188, 12,40 € |
| Temps passé | technicien de maintenance, de 8 h 05 à 9 h 05 : 1 heure |
| Arrêt de production | de 7 h 35 à 9 h 10 : 1,58 heure. Aucun colis perdu, 45 minutes de déchargement à la main |
| Essai | 5 minutes à vide, puis 20 cartons : aucun blocage, plus de grincement. Rendu au chef d’équipe à 9 h 10 |
| Suite à donner | à suivre : roulements des rouleaux 6 et 8 le 21/10 ; 4 roulements à commander ; un contrôle à la main des rouleaux 5 à 10 ajouté au graissage mensuel ; le convoyeur à protéger de l’ébavurage, par le chef d’atelier, avant le 30/10 |
Ce compte rendu change deux choses par rapport aux 28 lignes précédentes : la position et la cause. Si les prochains désignent encore les rouleaux 6 à 9, la piste de l’ébavurage se confirme. La réponse n’est alors plus un roulement de plus, mais un écran entre le poste et le convoyeur : la maintenance corrective subie devient une maintenance améliorative.
Du compte rendu au registre, puis aux indicateurs
Chaque compte rendu devient une ligne du registre de maintenance. Le registre du fichier offert avec notre guide sur la GMAO a ces colonnes ; une GMAO fait ce report toute seule.
| Rubrique du compte rendu | Colonne du registre | Ce qu’elle permet de suivre |
|---|---|---|
| Numéro et date | N°, Date | interventions par mois |
| Équipement | Code | pannes par machine |
| Type | Type | part du correctif |
| Organe, position et cause, en une phrase | Description | pannes qui reviennent, et pourquoi |
| Demandeur, intervenants | Demandé par, Réalisé par | charge par intervenant |
| Temps passé | Durée (h) | temps moyen de réparation, charge de travail |
| Arrêt de production | Arrêt (h) | temps moyen entre pannes, coût des arrêts |
| Pièces | Pièce, Quantité, coûts | coût de la maintenance, stock de pièces |
Écrivez la description du registre toujours dans le même ordre : organe, position, constat, cause. Pour l’exemple : « Rouleau n° 7 grippé, roulement côté chaîne, poussière d’ébavurage probable. »
Deux indicateurs se calculent ensuite directement :
- le MTTR (mean time to repair), temps moyen de réparation : le temps total de maintenance corrective, divisé par le nombre d’interventions correctives ;
- le MTBF (mean time between failures), temps moyen entre pannes : le temps de fonctionnement, c’est-à-dire l’ouverture moins les arrêts, divisé par le nombre de pannes.
Sur l’année du convoyeur de l’atelier fictif : 28 pannes, 48 heures de travail, 52 heures d’arrêt et 1 856 heures d’ouverture. Le MTTR vaut 48 ÷ 28 = 1,7 heure. Le MTBF vaut (1 856 − 52) ÷ 28, soit 64 heures environ. Le fichier du guide GMAO, qui divise l’ouverture sans retirer les arrêts, affiche 66 heures : l’écart reste faible ici.
Ces deux chiffres n’existent que si le temps passé et l’arrêt sont notés séparément, à chaque intervention. Et ils ne disent pas quoi faire : c’est la description, avec sa position et sa cause, qui le dit. Un guide de la rubrique est consacré aux indicateurs de maintenance. Pour passer du registre au tableau de bord des pannes, notre tutoriel Power BI pour la maintenance part de ces mêmes comptes rendus.
Papier, tableur ou application ?
Le support compte moins que l’habitude. Le papier reste le plus simple à la machine : un bloc de comptes rendus imprimés, rempli pendant l’intervention, reporté au registre le jour même. Le tableur convient au registre, moins à la saisie devant la machine. Une application de GMAO sur téléphone supprime le report, à condition que chacun la remplisse vraiment.
Le modèle offert
Le fichier contient trois onglets :
- Compte rendu : le formulaire vierge sur une page A4, prêt à imprimer ou à remplir à l’écran. Les durées, l’arrêt et le coût des pièces se calculent seuls ;
- Exemple : le compte rendu du rouleau n° 7, rempli rubrique par rubrique (données fictives) ;
- Mode d’emploi : les six règles, le report au registre colonne par colonne, et les limites du modèle.
Les cases jaunes se remplissent, les cases grises se calculent. Télécharger le modèle (Excel, 18 Ko, sans inscription). Il s’ouvre dans Excel et LibreOffice, et dans Google Sheets par Fichier, puis Importer.
Questions fréquentes
Que doit contenir un compte rendu de maintenance ?
Un en-tête (numéro, date, type, urgence) et onze rubriques : l'équipement, la demande, la sécurité, le diagnostic (constat, position, cause), les travaux, les pièces avec leur référence, le temps passé, l'arrêt de production, l'essai de remise en service, la suite à donner et les signatures. Pour un appareil de levage, la date, les intervenants, la nature de l'opération, sa périodicité et les références des pièces remplacées sont obligatoires.
Quelle différence entre rapport d'intervention, fiche de maintenance et compte rendu ?
Les mots changent d'une entreprise à l'autre, le contenu non : le document dit ce qui a été constaté et fait lors d'une intervention. Il ne faut pas le confondre avec la demande d'intervention, qui dit ce que la production signale, ni avec l'ordre de travail, qui dit ce que la maintenance décide de faire.
Le compte rendu de maintenance est-il obligatoire ?
Pour les appareils de levage, oui : l'employeur tient un carnet de maintenance qui consigne toutes les opérations de maintenance jusqu'à la mise au rebut (arrêté du 2 mars 2004). Pour les autres machines, nous n'avons pas trouvé de texte qui impose un compte rendu. C'est pourtant lui qui montre que l'entretien prévu par la notice a été fait.
Qui rédige le compte rendu d'intervention ?
La personne qui est intervenue, à la machine ou dans l'heure qui suit. La production le signe quand elle reprend la machine, le responsable de maintenance le relit et le reporte au registre. Un prestataire laisse son propre rapport : vérifiez qu'il contient les mêmes rubriques.
Comment le compte rendu sert-il au calcul du MTBF et du MTTR ?
Le MTTR se calcule avec le temps passé : temps total de réparation divisé par le nombre de réparations. Le MTBF se calcule avec le temps d'arrêt : temps d'ouverture moins les arrêts, divisé par le nombre de pannes. Si ces deux durées ne sont pas notées séparément, les deux indicateurs sont faux.
Existe-t-il un modèle de rapport d'intervention de maintenance sur Excel ?
Oui, celui de cette page : un compte rendu sur une page A4, à imprimer ou à remplir à l'écran, avec les durées et le coût des pièces calculés, un exemple rempli et le mode d'emploi. Il s'ouvre dans Excel, LibreOffice et Google Sheets, sans inscription.
Sources
Données de l'exemple : fictives, construites pour l'illustration. La norme NF EN 13460 est payante : nous n'en avons lu que la fiche AFNOR.
- Arrêté du 2 mars 2004, article 3 (texte reproduit par l'OPPBTP)pour chaque opération : date des travaux, noms des personnes et des entreprises, nature, périodicité si elle est périodique, références des éléments remplacés ; lu le 03/11/2026
- Arrêté du 2 mars 2004, article 2 (texte reproduit par l'OPPBTP)un carnet de maintenance par appareil de levage, toutes les opérations jusqu'à la mise au rebut ; lu le 03/11/2026
- Code du travail, article R4323-19 (Code du travail numérique)équipements à carnet de maintenance et nature des informations, fixés par arrêté ; lu le 03/11/2026
- AFNOR, fiche de la norme NF EN 13460 « Maintenance - Documentation pour la maintenance »édition de 2009 en vigueur ; couvre la documentation fournie avec un bien et les informations à établir pendant son exploitation ; lu le 03/11/2026
- INRS, brochure ED 6109 « Consignations et déconsignations », 3e édition, octobre 2020définition de la consignation, procédure de mise en sécurité ; lu le 03/11/2026
- Fiche de cours « Fonction maintenance », académie de Nantes, publiée sur Eduscol STI (document Word)définitions de la maintenance corrective et de l'essai de fonctionnement ; lu le 03/11/2026
- Article « Maintenance », Wikipédia en françaismaintenance palliative (dépannage provisoire) et curative (réparation durable) ; lu le 03/11/2026
- Article « Temps moyen entre pannes », Wikipédia en françaisMTBF : somme des durées de fonctionnement, pannes déduites, divisée par le nombre de pannes ; lu le 03/11/2026
- Article « Mean time to repair », Wikipédia en anglaisMTTR : temps total de maintenance corrective divisé par le nombre d'actions correctives ; lu le 03/11/2026
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